Ces derniers mois, quelques jeunes étudiants m’ont contacté pour en savoir plus sur l‘économie sociale et solidaire, l’entrepreneuriat social. Tous ont en commun de vouloir travailler dans un milieu dans lequel ils pourront bien évidemment mettre en application leurs connaissances et compétences mais surtout les mettre au service d’une action utile, porteuse de sens. Il est vrai que l’ESS tend à gagner en notoriété auprès du grand public et séduit surtout de plus en plus de jeunes. Cette nouvelle génération qui subit de plein fouet la crise, a à coeur de participer au développement d’une nouvelle économie plus solidaire et respectueuse de l’Homme et de l’environnement. Mais voilà l’ESS et particulièrement l’entrepreneuriat social, reste un secteur en développement et les places sont encore rares… Beaucoup m’ont interrogé sur mon parcours, c’est pourquoi j’ai souhaité partager dans une première partie ce qui m’a mené à ce secteur. (Je n’ai pas la prétention de croire que mon histoire ait beaucoup de valeur, aussi je ne vous en voudrai pas si vous passiez de suite à la seconde partie de cet article 🙂

Des convictions, des rencontres…

Trois éléments clés m’ont conduit vers l’économie solidaire et l’entrepreneuriat social...

  • Mon vécu personnel d’abord. Issue d’une famille très modeste, mon enfance et adolescence a été marquée par des difficultés qui vous font très vite sortir de l’insouciance et font comprendre que la solidarité est essentielle. Etre exposée aux violences, passer 7 ans sans partir en vacances, ne pas réussir à se chauffer certains hiver, vivre à 3 dans un 20m2, et voir sa mère faire des ménages et se tuer à la tâche soir et week end pour élever seule ses filles et payer les factures… Oui il est évident que si je n’avais pas croisé sur ma route des gens formidables, profs’, médecins, amis… je ne serai probablement pas là où j’en suis aujourd’hui ! D’une manière générale lorsque vous avez été à ce point « sensibilisé » vous avez naturellement envie de renvoyer l’ascenseur en quelque sorte et d’être utile. C’est ce qui m’a encouragé à faire du bénévolat à 16 ans lors de mon arrivée à Paris…
  • Ma rencontre avec ma conseillère d’orientation. A l’approche du bac vous êtes amené à rencontrer une conseillère d’orientation, conseillère qui connaissait très bien les élèves puisqu’elle était par ailleurs notre professeur de philosophie. A notre entretien sans précisément savoir quoi faire j’ai manifesté l’envie de travailler dans le social,… la réaction à été immédiate « Lucie, vous n’allez tout de même vous faire chier avec les problèmes des autres pour en plus gagner des clopinettes !». Oui le lycée privée catho dans lequel j’étais avait visiblement d’autres desseins pour la meilleure élève de sa classe… On comprend ici que le secteur à l’époque ne pouvait en aucune sorte être associé au fait de réussir sa vie, sa carrière. Pire on estimerait que je gâcherais alors mes compétences, mes talents : « Tournez-vous vers le marketing, la pub, la com’ ou le journalisme, vous seriez formidable je vous y vois très bien ! ». Curieuse idée, mais pourquoi pas. Je me renseigne et découvre alors un secteur passionnant et qui plus est rien ne m’empêchait à termes d’évoluer dans le milieu solidaire. C’est d’ailleurs à la Croix-Rouge Française que j’ai fait mes premiers pas en communication…
  • Mon expérience dans l’univers du luxe et des cosmétiques. Quoi?? Et oui ! Après avoir expérimenté pas mal de facettes de la communication : événementielle, interne, relations presse, marketing, business development… en agence, en ONG, en institution, en entreprise en France et à Londres, j’étais curieuse d’explorer la communication corporate sous l’angle d’une grande entreprise d’envergure internationale. L’Oréal m’avait ouvert ses portes en 2008. Dans un contexte où je devais payer loyer et études, il était compliqué pour moi d’opter pour des stages à 30% du smic, c’est ce qui m’a conduit d’ailleurs souvent à me tourner vers des annonceurs. Me voilà donc plongée dans un univers que je ne connaissais pas : j’ai appris, exploré, observé… mais très vite j’ai sentis que mettre autant d’énergie pour vendre un parfum ou une crème anti-rides n’avait pas beaucoup de sens, même si c’était pour LA marque la plus importante du groupe, à savoir Lancôme International. Cela m’a semblé évident : j’avais besoin d’être utile et de trouver un travail qui soit pour moi porteur de sens. J’ai décidé donc de revenir à mes premiers centres d’intérêt, le secteur du « non profit » ! (On ne parlait absolument pas à cette époque de communication responsable !! ) En m’y (re)plongeant j’ai fait des découvertes : le microcrédit, l’entrepreneuriat social, la RSE – Responsabilité sociale des entreprises, l’économie solidaire… des notions qui prenaient jour après jour une nouvelle ampleur. Le secteur était en plein mouvement et j’avais (encore) plein de chose à découvrir ! J’ai donc décidé de créer un blog en 2009 com-nonprofit.com pour parfaire mes connaissances et les partager. Mais avant tout mon blog a été un véritable tremplin pour aller à la rencontre de ceux qui font l’ESS. Par exemple : c’est via mon blog que j’ai rencontré Olivier Maurel, j’ai rejoint alors la communauté Danone Communities en tant qu’activiste du social business avec Muhammad Yunus père du microcrédit. J’ai aussi écrit un article sur un jeune étudiant Christian Vanizette, qui faisait un voyage à la rencontre des entrepreneurs sociaux du monde. A son retour en France, nous nous sommes rencontrés et nous avons continué chez Danone Communities à soutenir le social business, alors que son projet « Make Sense » n’était encore qu’à ses débuts. J’ai rencontré via mon blog Pierre-Yves Sanchis avec qui j’ai co-fondé Beesday pour aller plus loin dans la sensibilisation au développement durable, à la RSE et rencontrer ces acteurs du changement. J’ai rencontré Guillaume Desnoes tout juste sorti d’HEC qui avait en tête l’idée d’organiser des courses solidaires à travers l’Europe. Aujourd’hui qui ne connaît pas « la course des héros » ? J’ai écouté Arnaud Poisonnier et son associée Aurélie, parler de leur projet de plateforme de microcrédit avant que babyloan ne devienne l’immense babyloan… Et surtout j’ai rencontré par ce billet ceux qui sont devenus mes employeurs aujourd’hui : Pierre-Emmanuel et Olivier.

Que retenir de tout ça ?

  • Faire preuve de persévérance et de détermination. Travailler dans l’ESS est à la portée de tous, mais il vous faudra incontestablement faire preuve de persévérance. Il m’a fallu deux ans pour ma part pour trouver un emploi spécifiquement dans ce secteur. Un choix parfois difficile à porter lorsque vous n’avez pas de soutiens matériels et financiers et qu’en parallèle des entreprises « classiques » vous ouvrent leurs portes avec des postes et salaires très alléchants à la clé… Vous devez croire en ce que vous défendez, rester positif, vos valeurs doivent être le moteur de vos actions.
  • Créer et se saisir des opportunités. Pour parvenir à trouver un emploi dans le milieu surtout ne restez pas derrière votre écran à consulter les offres sur les sites… Allez à la rencontre de ceux qui font l’ESS, imprégnez-vous de leurs idées, leurs parcours… Nous avons la chance d’être en France, un pays pionnier de l’entrepreneuriat social et de l’économie solidaire. L’entrepreneuriat social fait l’objet d’un intérêt croissant de la part des décideurs politiques, des universitaires, comme du grand public. On ne cesse d’observer une augmentation des créations d’entreprises sociales, de chaires dédiées à cette thématique dans les écoles, d’incubateurs d’entreprises sociales, et nous avons la chance de voir chaque année une multiplication du nombre de conférences et événements qui traitent du sujet. Je n’ai qu’une chose à dire : allez y ! Vous l’avez vu dans mon récit, l’économie solidaire c’est surtout une histoire de rencontres. Il faut savoir créer et se saisir des opportunités ! Ces événements seront l’occasion de développer votre réseau et vous aideront à préciser votre projet professionnel.
  • Être patient et courageux… Comme je le précisais précédemment, il y a des opportunités à saisir et parfois elles peuvent mettre très longtemps à se présenter… Aussi ne vous obstinez pas si le moment n’est pas venu, gardez en tête que le secteur est en plein développement et qu’il vous faudra sans doute du temps pour trouver un poste en adéquation avec vos compétences et vos aspirations. N’acceptez pas tout et n’importe quoi sous prétexte de vouloir travailler dans le secteur, restez vigilant, n’oubliez pas que le statut ne fait pas la vertu ! Ne vous entêtez pas jusqu’à vous mettre dans une situation personnelle difficile : vous ne pourrez pas être efficace et épanoui dans votre travail quel qu’il soit si il ne vous permet pas de vous réaliser aussi personnellement. Si les sacrifices personnels, les privations ou concessions, sont trop lourdes, vous ne tiendrez pas très longtemps. Car il faut bien avoir conscience avant de vous lancer que à profil équivalent, ce secteur offre des rémunérations inférieures à celles du marché et qu’en plus votre rythme ne sera pas de tout repos. Il y aura sans doute des périodes de votre vie où vous serrez donc plus enclin à faire ce type de choix. Faire un job que l’on aime, c’est encore un luxe pour beaucoup de personnes aujourd’hui et il m’est arrivé plus d’une fois de me demander si j’en avais encore les moyens ! Et si vous êtes jeunes et que vous souhaitez intégrer une société dite « classique » pour votre début de carrière, cela ne veut pas dire pour autant que vous renoncez ! Aujourd’hui de nombreux « seniors », n’hésitent pas à réorienter leur parcours professionnels au bout de 10, 15 ans… pour rejoindre l’ESS. Et c’est tant mieux ! L’ESS a besoin de ces profils expérimentés pour grandir et se développer. Alors si la possibilité d’intégrer le milieu n’est pas là aujourd’hui, elle le sera peut être dans quelques années. Ne culpabilisez pas si vous prenez le temps de construire une famille, des projets, de voyager.. vous pourrez toujours faire des actions au service des autres dans vos activités extra-professionnelles !

Je terminerais ce paragraphe sur ces quelques lignes de Matthieu Ricard, dans Plaidoyer pour le Bonheur :

« Je ne sais pas pourquoi tout le monde s’imagine qu’il faut qu’il y ait rupture, bascule, abandon. Quand on va en montagne, cela a l’air de zigzaguer un peu, mais en fait, on a une sorte de direction. Il y a cette montagne qui vous attire et que vous voulez gravir, ou cette personne que vous voulez rencontrer. Evidemment, cela peut avoir l’aspect d’un chemin… parce que, naturellement, le chemin n’est pas complètement droit. Mais, il est droit dans le sens d’une direction et du but ultime. Donc, d’un certain point de vue, tout ce que l’on fait dans l’existence, il faut l’espérer, c’est suivre une ligne directrice. Et on va de découvertes en découvertes. Et une vie bien remplie, c’est le fait de pouvoir accomplir ce qui vous inspire le plus étape par étape. »

L’économie solidaire en plein essor, de nouvelles opportunités demain

L’entrepreneuriat social est un bel exemple de cette nouvelle économie solidaire en pleine expansion. Et pour cause, il émerge dans une période charnière où la grande crise économique que nous traversons nous amène à s’interroger et repenser nos actions face à des enjeux comme l’évolution du rôle de l’État-providence, la croissance des déficits publics, les nouvelles attentes des consommateurs, l’urgence environnementale, l’importance de l’innovation, etc. Nous sommes donc dans une période favorable à son développement en France, et sa prise en compte par les politiques (Ministère dédié à l’ESS, Loi Hamon…) ne pourront qu’en accélérer le mouvement !

L’entrepreneuriat social en France est très diversifié, il touche quasiment tous les secteurs de l’économie des plus traditionnels aux plus innovants. Il est également efficace : il représente une force économique à potentiel élevé et est pourvoyeur d’emplois. En Europe, l’emploi rémunéré dans l’économie sociale et solidaire (ESS) a progressé de plus de 20% entre 2003 et 2013, représentant désormais plus de 14,5 millions de salariés. Sur la même période, en France, les entreprises de solidarité et autres entrepreneurs sociaux ont créé environ 440.000 nouveaux emplois. Et d’ici à 2020, selon les prévisions, la barre des 600.000 emplois devrait être dépassée. Paris est l’un des territoires les plus engagés dans ce mouvement. Désormais, 9% des salariés y travaillent pour l’ESS. Au travers du commerce équitable, des sociétés de réinsertion, des ateliers artistiques, des structures qui créent du lien social, 10.540 entreprises génèrent près de 5 milliards d’euros de rémunérations brutes. Les femmes occupent 64% des emplois, contre 51% dans l’économie globale de la ville. L’ESS parisienne réalise plus de 45% des rémunérations brutes du secteur dans la région.

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Source : Observatoire national de l’économie sociale et solidaires (Panorama 2012) / ASKMedia

D’autres données qui donnent le sourire : 1 entreprise sur 4 nouvellement créée est une entreprise sociale*. Le futur de l’entreprise sociale en France : +57% changement d’échelle et +60% de développement de produits et services*. Autant donc vous dire que l’économie solidaire n’a pas fini de faire parler d’elle, d’autant plus que non seulement elle permettra demain de créer de nouveaux emplois, mais aussi de réaliser des économies ! Selon l’étude réalisée par Mc Kinsey, en généralisant au niveau national, dix entreprises sociales permettent de créer une économie potentielle pour les collectivités de 5 milliards d’euros par an, soit 50 milliards d’euros en dix ans. Rien que ça !

* Source : http://www.lh-forum.com/fr/positive-book

 

 

Bonne nouvelle : où que vous soyez vous pouvez être acteur de l’ESS !

Enfin plus important encore, ayez en tête que vous n’avez pas besoin de travailler dans le secteur de l’ESS pour faire de l’ESS. Vous avez aussi un rôle à jouer en intégrant une entreprise « classique ». En effet, vous l’avez constaté l’entrepreneuriat social en France a produit un certain nombre d’innovations et de réalisations qui peuvent inspirer les autres acteurs de l’économie. Exemples : BNP Paribas qui a développé un programme de microcrédit pour les pays du Sud ou SEB qui a créé une entreprise d’insertion pour recycler des stocks obsolètes de sa marque. Pour réussir à mener ces projets à forts impacts social, nous avons besoin d’entreprises ET de collaborateurs qui au sein de ces entreprises soient à l’écoute, aient cette forme de sensibilité. L’économie solidaire c’est aussi et surtout une affaire de synergie. En effet toute initiative individuelle aussi belle et réussie quelle soit ne suffit pas à maximiser l’impact social. Il s’agit là d’une véritable co-construction entre acteurs de tous horizons : entreprises, industriels, ONG, pouvoirs publics… où chacun apporte sa contribution, ses compétences, ses talents, son expertise. Vous pouvez ainsi jouer un rôle en interne où que vous soyez.

De plus votre sensibilité pour cet univers, et votre curiosité représentent également une opportunité non négligeable pour votre employeur. En effet, la culture managériale en France tend à étouffer l’esprit d’innovation et certains dirigeants négligent les ressources considérables dont ils disposent. Pourtant, des projets novateurs, lancés et menés par des salariés ayant la fibre entrepreneuriale et sociale, peuvent être transformés en activités à la fois rentables et bénéfiques pour la collectivité. C’est ce que nous prouve l’émergence ces dernières années de ce qu’on appelle « l’intrapreneuriat social« . (Voir mon dernier Beesday, dédié à « l’intrapreneuriat social » ). En encourageant votre entreprise à développer ces types de partenariats, vous l’amener à donner vie à sa RSE (Responsabilité sociale des entreprises) en intègrent des finalités nouvelles à côté de la recherche du profit. Vous stimulez en quelque sorte l’innovation sociale. L’innovation sociale cherche en priorité à répondre à des enjeux ou des besoins sociaux que ni le marché, ni la sphère administrative ne parviennent à satisfaire actuellement. Ses modalités sont marquées par des démarches coopératives et participatives, insistant sur les relations et les interactions entre acteurs. Le cœur de ce modèle réside dans une forte implication des différentes parties prenantes. Une approche sociale, globale, dynamique, qui valorise l’intelligence collective. Dans un contexte où les attentes des parties prenantes (clients, consommateurs, salariés, partenaires..) sont de plus en plus fortes vis à vis de l’entreprise en matière de responsabilité sociétale, vous représentez donc pour ces entreprises une chance !

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