Peut-être avez-vous noté que le made in France est depuis quelques années, de plus en plus plébiscité. Sensibilisé aux délocalisations, à la désindustrialisation, le consommateur a compris que ses achats ont des conséquences économiques, sociales et sociétales sur son pays mais aussi dans le monde. Une réalité qui nous a tous sauté au visage lors du drame de Dacca au Bangladesh : l’effondrement d’un immeuble du secteur textile qui a fait plus de 900 morts… Oui, morts pour nos habits… car ce sont bien des étiquettes de marques françaises qui ont été retrouvées dans les décombres. Le Bangladesh : un pays royaume du textile à bas prix, aux milliers d’usines et sous-traitants avec des ouvrières qui vivent avec moins d’un euro par jour pour fabriquer nos vêtements. Est-il encore possible de consommer made in France quand l’industrie semble monopolisée par le Made in Main d’Oeuvre à Bas Coûts ? Un véritable défi pour les entreprises qui, pour la plupart, sont amenées à dépasser les frontières de leur pays d’origine pour produire, vendre, livrer partout dans le monde, au prix le plus bas, pour des consommateurs au pouvoir d’achat en baisse. Aussi les consommateurs sont-ils vraiment prêts à payer plus cher pour sauver l’emploi de leurs compatriotes et les vies d’ouvriers étrangers ?

En préparant le sujet avec Pierre-Yves pour notre 5ème beesday, nous étions loin de nous douter que nous serions à ce point au cœur de l’actualité. Il faut croire que les bees ont du nez 😉 car ce sont justement des professionnels du monde du textile qui sont venus témoigner de leur engagement Made in France le 30 avril dernier : Denis Gancel PDG de l’agence W & Cie Fondateur de l’Observatoire de la marque France ; Charles Huet auteur du Guide des produits Made in Emplois ; Gilles Attaf PDG de Smuggler ; et Guillaume Gibault fondateur de la société Le Slip Français.

Voici un condensé de nos échanges et quelques idées clés que j’aimerais partager avec vous…

« La France plus pessimiste que les irakiens »

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Denis Gancel : PDG de l’agence W & Cie Membre de l’Observatoire de la marque France
Crédit photo : Grégoire Renevier / Agence Patte Blanche.

 Je ne vous apprends rien si je vous parle du pessimisme ambiant en France, mais là lorsque Denis Gancel nous dit que 70% des français se déclarent en dépression collective et que nous sommes plus pessimiste que les irakiens, ont sent qu’il y a un léger soucis quand même ! Fin connaisseur des marques et des français, Denis Gancel en est pourtant persuadé : la France est une chance et nous sommes simplement les très mauvais commerciaux d’un très bon produit. Grâce à son histoire, la France détient l’un des plus vastes gisements de valeur immatérielle au monde. Le tout est d’en prendre conscience…

Le saviez-vous ? Il se dépose 6 000 marques par jour, soit l’équivalent d’un dictionnaire. Or le taux de mémorisation du marché et de 2 à 4 marques par secteur uniquement, donc quand il y a trop de marque tout l’enjeu est de se différencier. Pour le PDG de W &Cie, il y a deux poisons à la marque : la ressemblance et la dérision. La dérision c’est justement ce qui se passe avec la marque France : quand une marque dit d’elle même qu’elle n’a aucune chance de se développer…

« La mondialisation n’est pas une menace mais une opportunité »

Beaucoup de secteurs peuvent bénéficier de l’image de marque de la France. Le prisme de l’image de la France est large et rien ne nous oblige à en prendre tous les stéréotypes. Le génie français, c’est l’indiscipline, il est toujours là où on l’attend pas comme le souligne Denis Gancel, à nous d’en faire une force ! Nous devons porter haut et fort nos couleurs, mettre en avant nos spécificités. Et c’est justement pour ça que la mondialisation représente une opportunité. Pourtant 2 français sur 3 la vit comme une menace. Il faut faire le « switch » : passer la menace et prendre un risque.

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Guillaume Gibault Fondateur de Le Slip Français
Crédit photo : Grégoire Renevier / Agence Patte Blanche

Le risque, Guillaume Gibault l’a pris avec le sourire et a mis le paquet si je puis dire pour jouer la carte du Made in France avec sa société : le Slip Français ! Alors que certaines enseignes commercialisent leurs produits 6 fois plus cher que leur coût à la sortie d’usine à cause de nombreux intermédiaires, Le Slip Français a fait le choix de vendre 90% de ses produits par internet. Pour Guillaume G. la vente par internet et les réseaux sociaux c’est une opportunité pour se faire connaître et se développer. Sa stratégie est simple : raconter des histoires à longueur de journée, « on est presque un magazine, on crée du contenus »« Chaque jour on se demande : qu’est-ce qu’on peut faire pour faire parler de nous ? ». Des noms de sous marins aux slips, le financement du premier « slip qui sent bon », le surf vers des slogans bien connues du grand public tel que « le changement de slip c’est maintenant », ont permis de séduire un bon nombre de consommateur ! Comme le dit Guillaume : « Les réseaux sociaux, c’est des mèches de dynamite ! ». En effet le Slip Français c’est : 300 000 euros de chiffre d’affaires en 2012, 18 000 fans facebook, près de 20 000 euros récoltés via le site de projet participatif Kickstarter, et des partenariats avec Princesse Tam-tam, Agnès b, Obut… Et ce n’est que le début ! Le Slip Français compte multiplier plus de 2.5 fois ses recettes en 2013. Tout ce succès n’aurait pas été possible sans un produit de qualité bien sûr mais surtout sans cette fameuse prise de risque.. beaucoup d’entrepreneurs se retrouvent presque contraints de faire leurs débuts à l’étranger faute de trouver face à eux des industriels, investisseurs, banquiers… prêts à les aider. Guillaume le souligne très bien, la culture du risque est peu développée en France et va de paire avec un pessimisme ambiant qui malheureusement rebute de nombreux entrepreneurs.

« Le made in France n’appartient pas qu’aux marques françaises »

Le made in France n’appartient pas qu’aux marques françaises. Il serait malsain de penser le contraire : les entreprises étrangères c’est 2 millions et demi d’emploi en France. Ca n’a pas de sens de chercher l’autarcie.

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Charles Huet auteur du Guide des produits Made in Emplois
Crédit photo : Grégoire Renevier Agence Patte Blanche

Avec le guide des produits made in emploi, Charles Huet nous propose un répertoire complet et exhaustif de tous les produits made in France et surtout made in emploi ! Car pour Charles il n’y a aujourd’hui plus aucun produit 100% d’origine Made in France. C’est pourquoi il a décidé à travers ce guide de s’intéresser plutôt aux entreprises qui emploient le plus de personnes en France, secteur par secteur, plus qu’à la provenance des produits. Car si le siège d’une entreprise est basé en France, la production elle bien souvent se passe ailleurs… Voici à quoi sert le guide que vient de publier Charles Huet, une forme de classement en fonction de l’empreinte emploi en France. Ainsi un costume Smuggler sera par exemple « Made in 150 emplois », puisque la marque fait travailler 150 personnes dans ses bureaux et ateliers.  Loin de vouloir pointer du doigt les entreprises, Charles Huet espère surtout par ce guide faire prendre conscience aux consommateurs de l’impact de leurs achats. Le pouvoir est pour lui individuel, nous avons chacun la possibilité de faire bouger les lignes à notre échelle : « Entre deux élections présidentielles, un français va en moyenne 180 fois au supermarché ». L‘achat de produits fabriqués en France est pour lui un témoin de soutien pour une conservation des emplois et du savoir-faire français.

« Achète chinois, achète 4 fois »

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Gilles Attaf, PDG de Smuggler
Crédit photo : Grégoire Renevier Agence Patte Blanche

Le savoir-faire français, Gilles Attaf PDG de Smuggler y est profondément attaché. Pour Gilles « il faut préserver savoir-faire et innovation, avant qu’il ne soit trop tard ». En effet, les productions sont de plus en plus délocalisées, mais Smuggler résiste : la société est la dernière unité de production de costumes en France. Toute formation dans le domaine a aujourd’hui disparu si bien que si la marque à son tour disparaissait, sa filière ni plus ni moins s’éteindrait ! La société fournissait les uniformes de grandes entreprises comme La Poste, Air France ou la SNCF avant que leur production ne soit délocalisée. Aujourd’hui, ses costumes sont fabriqués à 71% en France : la filière tissu haut de gamme française ayant disparu, il doit se fournir en Italie ou en Angleterre. Pourtant  Gilles Attaf l’assure, ça ne coûte pas plus cher de consommer français « je me bats en permanence sur l’idée reçue que le made in France coûte plus cher ». C’est sur la durée qu’il faut évaluer le coût d’un produit et le service inhérent ! A cela Gilles ajoute que toutes les marques qui délocalisent très loin font des marges indécentes, c’est pourquoi il n’y a jamais de soldes à hauteur de 70% chez Smuggler, « si on le faisait ça impliquerait qu’au départ on applique des coefficients indécents, c’est logique ».

Le Made in France doit capitaliser sur son savoir-faire mais aussi s’appuyer sur son caractère innovant pour vendre. Smuggler a ainsi développé le premier site de prise de mesure sur internet et a lancé début 2013 un costume dont le tissage permet de protéger des ondes électromagnétiques. Une technologie développée en partenariat avec un laboratoire limousin et financé en partie par Oséo.

Voilà donc un léger compte rendu (tardif), de cette nouvelle rencontre Beesday vraiment passionnante ! Merci encore à l’ensemble des intervenants d’avoir si volontiers participé, et particulièrement à Charles qui nous a inspiré ce beau sujet ! Pour en savoir plus : retrouvez les présentations et la vidéo de la rencontre sur notre site : beesday.com Et si vous aussi vous souhaitez nous rejoindre, en tant qu’intervenant, bees bénévoles, ou simplement nous proposer un sujet contactez-nous !

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