Du 19 au 22 septembre, les nouveaux médias rencontrent l’innovation sociale lors du Social Good Summit à New York. Un événement organisé par Mashable, 92 Y et la UN Foundation, qui réunit des acteurs ayant développé grâce aux nouvelles technologies, des solutions innovantes et efficaces pour résoudre des problèmes sociaux. Inspiré par cette mobilisation, c’est Mailforgood qui a choisi de célébrer le dynamisme de ce mouvement au niveau français en organisant le Social Good Day.

Ainsi nous étions près de 200 personnes à nous réunir le 20 septembre dernier au Comptoir Général. Au programme : des “start-up” du “web solidaire » venus nous présenter leurs projets et une table ronde avec des professionnels engagés dans cette idée de chercher, par internet et par les réseaux sociaux, à apporter des solutions à des problèmes sociaux ou environnementaux.

# Des projets qui ont de l’avenir…

HappyLife de HumanoGames

Premier projet : HappyLife un « facebook game » lancé par HumanoGames qui vise à promouvoir le microcrédit auprès d’un public cible de 300 millions de social gamers. Tout en se divertissant, les joueurs pourront à terme prêter de l’argent à de vrais micro-entrepreneurs. www.humanogames.com

Makesense.org 

Ahhhh qui ne connaît pas Makesense et ses gangsters du social business ! MakeSense est un projet ouvert qui connecte grâce à Internet, des entrepreneurs sociaux du monde en entier avec des personnes qui souhaitent les aider à résoudre leurs défis. Désormais vous aussi vous pouvez changer le monde, connectez-vous et devenez un super-héro ! we.makesense.org

Elix

Elix est un réseau social en langue des signes qui utilise les nouvelles technologies web pour répondre aux problématiques d’accès au savoir, d’autonomisation de la personne sourde et de diffusion de la LSF. Cette plateforme est composée d’un dictionnaire collaboratif dynamique de français en LSF et d’une vidéothèque qui permettent la transmission et l’échange de savoirs. http://www.elix-lsf.fr

MailForGood : l’email solidaire

Enfin les organisateurs de la soirée : Mailforgood.  Un site internet qui propose à tous les internautes des moyens simples pour soutenir les associations de leur choix en quelques clics ! Recommander une association à vos amis sur facebook, diffuser un message de soutien à chaque envoi de mail, visionner une simple publicité d’une minute ou encore faites un don en ligne… MailForgood met à disposition des outils simples et rapides pour financer et valoriser le travail des associations. http://www.mailforgood.com

 

# Un ecosystème complexe

Suite à la présentation rapide de ces quatre projets innovants, la soirée s’est poursuivie par un débat sur le thème « comment Internet est devenu un puissant accélérateur du changement social » autour de Gilles Babinet, Président du Conseil National du Numérique et « serial entrepreneur ».
Puis Jean-François Caillard directeur de l’innovation de Suez environnement ; Olivier Maurel chargé de l’animation de communautés de Danone Communities et fondateur des Lemnas (système alternatif de monnaie de remerciement sur les réseaux sociaux) ; Stéphanie Hajjar directrice de l’Ecosystème Innovation de SFR ; et Nathan Stern concepteur du site Peuplade.fr (un site de mise en relation et d’entraide entre habitants d’un même quartier, un véritable créateur de lien social) sont venus enrichir le débat en illustrant les formidables opportunités offertes par le numérique en faveur de la solidarité.

Le début des échanges était un peu plat… Bien sûr tous ont souligné le pouvoir du numérique qui permet à toute personne de révéler sa créativité et être acteur du changement. Mais nous avons eu droit rapidement à quelques banalités sur le sujet, laissant SFR et GDF Suez l’occasion de promouvoir leurs actions certes efficaces mais qui n’avaient pas toujours d’intérêt au sein du débat. Heureusement une question a su réveiller nos activistes : l’entrepreneuriat social en confrontation avec le monde associatif, antagonisme ou complémentarité ? L’occasion pour Olivier Maurel et Nathan Stern de vivement réagir et de souligner à quel point ce type de positionnement directement issu d’une pensée économique classique est complètement désuet et dépassé.

Aujourd’hui le monde de la solidarité évolue au coeur d’un éco-système plus complexe où se côtoient entreprises sociales, associations, ONG, acteurs de l’ESS, institutions mais aussi entreprises classiques. Il ne faut plus se focaliser uniquement sur les statuts pour déterminer qui est capable, doit ou a légitimité pour agir sur ces problématiques sociales et environnementales. Comme a coutume de le dire Jean-Marc Borollo « le statut ne fait pas la vertu » ! Pour Nathan Stern, les statuts constituent un frein extraordinaire à la mise en oeuvre d’initiatives sociales. Il faut dépasser les clivages, les idées reçues, pour collaborer ensemble et donner de l’ampleur, du poids à ce mouvement et montrer qu’une autre économie respectueuse de l’Homme et de l’environnement est possible.

Mais Nathan Stern va plus loin, en suggérant de repenser le modèle classique de l’entreprise dans son mode de gestion et de gouvernance : la hiérarchisation et les liens de subordination en entreprise ? Dépassé ! De même pour ce qui est de la rémunération, selon lui notre héritage moral et religieux nous force à penser qu’il est impossible de concilier haut revenu et action sociale. Absurde ! « Il faut quitter le narcissisme du fondateur : voyez comme je gagne peu, voyez comme je suis désintéressé ».

Même le rapport à la philanthropie évolue au sein des entreprises classiques, Stéphanie Hajjar souligne qu’aujourd’hui les budgets traditionnellement dédiés au mécénat « switch » vers de l’accompagnement à l’entrepreneuriat social.

A travers ces interventions, on remarque que le web et l’entrepreneuriat social en général, ont considérablement changé la donne, ont bousculé la vision classique du monde associatif et ont sans doute même provoqué une forme de crise identitaire de l’économie sociale et solidaire face à la multiplicité des acteurs. Car le numérique permet pour la première fois à tous de s’approprier et agir librement sur ces champs qui étaient auparavant réservés à des acteurs associatifs, religieux ou politiques. Ainsi le Web après avoir révolutionné le commerce, bousculé l’éducation et secoué la politique, a transformé également le champ social.
Ces profonds changements ont permis aujourd’hui une interpénétration entre ces deux mondes (économie classique / solidarité), indispensable pour avancer et agir efficacement dans ce contexte de crise et de changements profonds de notre économie.

# Les digital natives aux commandes

Internet est un formidable levier pour créer une pyramide d’actions avec différents niveaux de contribution. La dimension participative est très forte et offre à chacun la possibilité d’être acteur de changement et de développer, exprimer, le talent créatif présent en chacun de nous. Laissons place à l’imagination, à la création, à l’innovation.
Comme le dit Olivier Maurel,  « Mark Zuckenberg n’a pas rempli un tableau excel avant de créer facebook ». « Je crée le monde qui me fait rêver », tel est le créneau des technophiles d’aujourd’hui ou digital natives.

Cette génération sur-connectée, sur-informée, qui a sur-voyagé a su faire du numérique une chance ! Leur arrivée dans le monde du travail risque d’accentuer ou de provoquer un changement radical dans la nature de la relation entreprise-employé, mais aussi plus largement dans le champ social. Cette nouvelle culture du web permet de créer des liens, de voir émerger de nouvelles formes d’engagement au delà du don ou du bénévolat : commenter une action, faire un micro don, résoudre un défi d’un entrepreneur social.. est le signe d’une modernisation du monde de la solidarité.

Leur capacité à utiliser naturellement les nouvelles technologies de communication, leur attrait pour le mode de travail collaboratif et cette quête de sens qui caractérise tant les digital natives, laisse imaginer qu’ils sauront faire face aux défis/conséquences des précédentes décennies de développement : réchauffement climatique, accroissement des inégalités nord-sud, épuisement des ressources, système économique contesté… Sensibilisés depuis leur enfance à « l’urgence planétaire », ces derniers sont plus enclins à s’engager dans des actions concrètes.

A voir également, la vidéo TechToc TV : « Génération Y : génération connectée… sur l’enjeu de la solidarité » 

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