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Le 1er juillet marque le lancement de l’expérimentation nationale sur l’affichage environnemental. Un projet ambitieux à l’initiative du Ministère du Développement Durable, qui en cas de succès, sera généralisé à l’ensemble des produits de consommation. 

Pour cette expérimentation, 168 entreprises de la PME artisanale au grand groupe de distribution, se sont portés volontaires pour tester pendant un an une manière d’afficher les caractéristiques environnementales des produits, en se basant sur les principes généraux définis par la plateforme Ademe/Afnor, en charge du projet.

Mais voilà à l’approche du lancement, la notion d’éco-étiquetage et les enjeux d’une telle mesure semblent encore flou dans l’esprit du consommateur : quels sont les critères retenus? Quel type d’affichage est possible? Comment s’y retrouver face à la multitude d’information déjà présente sur nos produits? L’affichage environnemental marque-t-il la fin du greenwashing et l’essor de la consom’action?

Pour nous éclairer sur ce sujet passionnant qui nous concerne tous, Pierre-Yves (blog eenovation.com) et moi-même avons choisi de donner la parole à des porteurs de projets capables de nous apporter leur expérience et leur expertise sur le sujet. Des acteurs qui sous des formes divers, ont testé et travaillé au développement de l’éco-etiquetage bien avant le lancement officiel de l’expérimentation.

Ainsi, le mardi 28 juin dernier s’est tenu dans les magnifiques locaux de BIO Intelligence Service, le tout premier Beesday sur le thème «  affichage environnemental, ils l’ont testé ils nous racontent « .

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Pour cette première édition nous avons eu l’immense plaisir de recevoir des invités de marque : Olivier Jan – Directeur général adjoint BIO Intelligence Service, Nadia Boeglin – Conseillère du commissaire général au développement durable pour le Ministère du Développement Durable, Jérôme Dupuis – Directeur adjoint des partenariats entreprises, Fondation WWF-France, Olivier Laurent – Sustainable development manager, France Télécom Orange – Devices, Thomas Albisser – Gérant, Hop-Cube et Patrick Montier, Gérant, Ecocompare.

 » Un test grandeur nature « 

Cette expérimentation qui se veut  » large et ouverte » a rencontré un vif succès auprès des entreprises à la grande surprise du Ministère : plus de 230 entreprises toutes activités confondues se sont portées candidates pour 168 retenues. Voilà qui est encourageant ! Dans le cadre de sa mise en place, elle a mobilisé également les efforts de l’ADEME et l’AFNOR qui ont rassemblé à la fois le Ministère de l’Ecologie, des ONGs spécialisées dans l’environnement et des fabricants et distributeurs pour cette réflexion. Tous se sont ainsi pliés au jeu de ce « brainstorming géant » pour démontrer la faisabilité de ce type de projet.

Plus concrètement, ce sont les distributeurs qui ont la charge de la diffusion aux consommateurs des données collectées et les fabricants de récolter et fournir aux distributeurs toutes les informations relatives à l’impact de leurs produits sur l’environnement.

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Affichage multi-produit, multicritère et multi-support : une première mondiale

La singularité de l’expérience française repose sur son approche à la fois :

  • Multi-produit : des entreprises de tous secteurs se sont portées volontaire pour cette première mondiale : alimentation, hygiène/beauté, textile/habillement, électroménager, high tech, hôtellerie, équipement de la maison etc.
  • Multicritère : la force de cet affichage environnemental réside dans sa capacité à prendre en compte plusieurs critères. Une condition indispensable pour avoir un réel aperçu de  l’empreinte écologique du produit :  » Si on veut faire une évaluation objective de la qualité environnementale du produit, il faut s’intéresser à l’ensemble du cycle de vie du produit, depuis l’extraction des matières premières utilisés pour sa fabrication  jusqu’à sa fin de vie, en passant par les étapes du transport… » précise Olivier Jan – BIO Intelligence Service. Les informations détailleront alors l’impact écologique des produits sur l’eau, l’air ou la biodiversité « Car il n’y a pas un impact, mais des types d’impact ».
  • Multi-support : cet affichage prend forme sur différents supports : site web, packaging, affichage en rayon…   » On a souhaité laisser une liberté sur les supports et sur les formats de restitution à condition que tout le monde puisse avoir accès aux chiffres » nous explique Nadia Boeglin, conseillère du commissaire général au développement durable. Néanmoins dans un soucis d’harmonisation de l’affichage, plusieurs entreprises travaillant autour de catégories homogènes de produits se sont concertées pour définir de manière collégiale des unités de mesure et des modèles de présentation communs.

 » Donner l’envie et les moyens aux consommateurs « 

Cette mesure du Ministère de l’Ecologie va dans le sens d’une volonté de rendre l’offre de produits vertueux « plus visible, plus crédible (en réaction au greenwashing) et plus accessible auprès des consommateurs » (Nadia Boeglin – MDD). De montrer les alternatives possibles.

Ainsi cette expérimentation a valeur :

  • de pédagogie vis-à-vis des consommateurs. Elle doit leur permettre de prendre conscience que tout produit, manufacturé ou agricole, exerce une pression sur l’environnement ;
  • de test pour les entreprises afin de valider auprès de leurs clients la clarté de leur affichage et la pertinence des critères environnementaux retenus.

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Ces étiquettes multicritères qui parsemeront demain l’ensemble des rayons de nos magasins, nous permettront alors d’avoir une meilleure connaissance  de l’impact écologique des produits qui nous sont proposés et d’avoir en notre possession des éléments de comparaison pour orienter nos actes d’achat vers des produits durables. Cette expérimentation nous offre tout simplement le choix et la possibilité dans notre quotidien d’encourager des pratiques responsables. Oui, vous avez le pouvoir !

Tout au long de l’expérimentation, le site Internet du Ministère sera le support d’actions spécifiques à destination des consommateurs : explication des principes de l’expérimentation nationale, consultation sur les différents supports et formats d’affichage.

Les précurseurs de l’affichage environnemental

En France, de nombreux acteurs : entreprises, start-ups, cabinets de conseil… n’ont pas attendu le lancement officiel de l’expérimentation pour se pencher sur le vaste chantier de l’affichage environnemental. Depuis 1989, BIO Intelligence Services spécialiste de la mesure de la qualité environnementale et santé des produits, accompagne les entreprises sur ce créneau. Pionnier en la matière, le cabinet accompagnait déjà  le groupe Casino dans ses premiers pas d’éco-étiquetage il y a quelques années.

En 2008, Orange et WWF – France ont affiché ensemble leur souhait de s’impliquer dans l’évaluation de la performance environnementale des produits afin d’en réduire l’empreinte écologique. Cela s’est traduit par la mise en place de l’affichage écologique pour les téléphones fixes et mobiles réalisé à partir de trois indicateurs phares représentatifs de leur impact environnemental sur leur cycle de vie global : le bilan CO2, la préservation des ressources naturelles, la conception éco-responsable. « L’ensemble de ces indicateurs formant une note environnementale » (Olivier Laurent – Orange). Une approche multi-critères inédite pour l’époque dans le secteur des télécoms. La plus value d’un tel partenariat entreprise/ONG selon Jerôme Dupuis -WWF-France : « mêler les différentes sensibilités ONG, expert, opérateur pour aboutir à quelque chose qui représente et fasse la synthèse de nos technicités, sensibilités pour présenter au mieux l’impact environnemental du produit ». Un sacré défi  pour le groupe et l’ONG mais comme l’a mentionné Jérôme Dupuis : « si l’on ne fait pas de pari, on n’ira pas bien loin « .

Parmi les start-up pleines d’avenir :  Hop-Cube fondée en 2009 qui à l’aide de son « HopBadge » nous donne un baromètre écologique des produits réalisé à partir d’une note sur 10 établie en fonction de leurs performance écologique. A l’origine de cette démarche Thomas Albisser nous explique vouloir répondre à un besoin : « je veux des informations environnementales » et aux problématiques suivantes : « Où la trouver? Comment les comprendre? Et comment changer mes habitudes? ». Historiquement spécialisé sur l’électroménager, leur plateforme référence plus de 30 000 produits avec  de nouvelles catégories de produits. Le plus Hope-Cube : la personnalisation des données avec HopSimu. Plutôt que de fournir une information générale « placardée » à tous, Hop-Cube se propose de fournir à chaque consommateur une information qui lui parle, selon son utilisation du produit. Le top !

Le site Ecocompare, est le 1er guide des éco-produits. Son objectif est de promouvoir tous les produits ayant un moindre impact sur l’environnement tout au long de leur cycle de vie et de faire connaître aux consommateurs, les engagements et démarches des fabricants en faveur du développement durable. Patrick Montier, fondateur d’Ecocompare, a souhaité mettre l’accent sur la « transparence » des informations. Car comme il nous l’explique si bien un produit écologique, c’est compliqué à comprendre et ça devient facile de tromper le consommateur « ce n’est pas parce qu’un produit est emballé dans du carton recyclé qu’il est pour autant écolo ! ». Mais pas de panique Ecocompare veille au grain à l’aide de sa méthodologie basée sur les trois étapes  globales du cycle de vie : la fabrication, l’utilisation et la fin de vie . Une évaluation réalisée selon une analyse qualitative de l’article proposé. Des points sont ajoutés quand un critère est retenu (exemple : utilisation de matériaux renouvelables pour la fabrication) et argumenté (quel pourcentage). Il n’y a pas de notes négatives, un produit n’ayant aucun critères correspondant à la grille de notation ou dont l’argumentaire n’aura pas été communiqué aura simplement une note de zéro et ne sera pas publié. Le plus Ecocompare : son application iphone gratuite qui permet à l’acheteur éco-responsable de scanner les codes barres des produits en rayon afin d’accéder en temps réel aux informations environnementales disponibles sur le site. Vous devenez ainsi  » Eco-acteur  » !

Un grand merci aux blogueurs ayant participé, sur place mais aussi en ligne, on a hâte de vous retrouver ! Et merci aux intervenants et aux partenaires qui nous ont fait confiance et se sont prêtés avec enthousiasme au jeu des Beesday.

Retrouvez toutes les infos liées à l’événement : articles, slides, photos, vidéo sur le site http://beesday.com/