J’ai eu le plaisir de participer en tant que contributeur cette année encore à la grande soirée annuelle de Danone Communities, le GCM – Général Community Meeting au Carrousel du Louvre. Au programme : une soirée placée sous le signe de l’impact avec un état des lieux de Danone Communities, une présentation de ses projets présents mais aussi à venir… Parmi les invités entre autre : les équipes de DC, les porteurs de projets (Inde, Sénégal, Mexique, France, Chine…) et bien évidemment le professeur M. Yunus qui malgré une actualité chargée et mouvementée… a répondu présent avec sa joie et sa sérénité habituelle.

–  » Social business is business « 

Voilà déjà quatre ans que Danone Communities soutient des projets en matière de social business. Ce rendez-vous annuel est l’occasion de dresser un état des lieux sur l’avancée des projets et en particulier sur leur impact. Aujourd’hui Danone Communities porte près de 11 projets, tous à des stades de développement très différents. Pour les projets pionniers : Bangladesh, Inde, Sénégal, la question qui se pose aujourd’hui est celle de la rentabilité.

En effet, il est primordial que ces expérimentations prouvent leur rentabilité, comme tout business « classique » en fait. Sans rentabilité : pas de pérennité des projets possible. Il est important d’évaluer, de mesurer cet impact pour permettre demain de répliquer le modèle à plus grande échelle, mais aussi encourager les investissements.

Car rappelons-le Danone Communities c’est aussi une SICAV créée en 2007, ouverte à toutes et tous, qui « permet d’investir dans des entreprises qui créent de la valeur économique et sociale, localement« . Matthieu Azzouz, directeur de la SICAV Danone Communities, a présenté en quelques mots les évolutions de la SICAV qui est aujourd’hui de 70 millions d’euros (elle était de 40 millions initialement) et devrait atteindre en 2012 le chiffre symbolique de 100 millions d’euros. De bons résultats mais qui restent insuffisants nous dit-on face à l’ampleur des projets et des chantiers à mener.

Pour illustrer cette idée d’impact et toute la portée d’un projet basé sur un social business quelques données chiffrées sur le projet Naandi en Inde : celui-ci offre désormais un accès à l’eau potable à plus de 2,4 millions de personnes dans 400 villages répartis dans 5 états. Cela représente près de 600 000 utilisateurs quotidiens et 25 millions de litres d’eau distribués par mois. Le projet a également permis de créer 140 emplois direct et 500 emplois indirects.

Ainsi, avec les projets dédiés à l’eau et à la nutrition, DC espère passer le seuil de rentabilité en 2013 et toucher près de 10 millions de personnes d’ici cinq ans.



–  » Réussir à plusieurs ce que nous n’arrivons pas à faire seul « 

Le social business c’est aussi et surtout une affaire de synergie. En effet toute initiative individuelle aussi belle et réussie quelle soit ne suffit pas à maximiser l’impact social. C’est tout l’objet de Danone Communities et le message qu’essaye de nous transmettre Emmanuel Le Marchant, Directeur Général Délégué DC, en introduction « réussir à plusieurs ce que nous n’arrivons pas à faire seul ». L’ouverture est une des conditions essentielles de réussite de tout projet social. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle DC n’a pas hésité à faire le choix de nouvelles alliances tout à fait innovantes. Le programme « Malin pour bien grandir » en est une très belle illustration. Il est le résultat d’un partenariat fructueux entre Danone (Blédina France) et la Croix-Rouge Française. Cette association originale a pour projet d’améliorer la nutrition des enfants de moins de 3 ans issus de familles à bas revenus, via un programme d’éducation et de chèques de réduction. L’idée étant à la fois de faciliter l’accès à des produits adaptés et éduquer pour les aider à s’alimenter de manière équilibrée. Ce projet toucherait près de 100 000 nouveaux nés en dessous du seuil de pauvreté. Il s’agit là d’une véritable co-construction entre acteurs de tous horizons : entreprise/industriels, ONG, pédiatres, administration/pouvoirs publics.

On retrouve bien alors cette idée de synergie, où chacun apporte sa contribution , ses compétences, ses talents, son expertise… Comme l’a très bien souligné M. Yunus lors de son intervention, ce qui compte ce n’est pas tant l’argent qu’est susceptible d’apporter Danone, mais son expertise, ses talents, ses moyens techniques et technologiques. En soit un échange de bons procédés entre acteurs pour mieux avancer ensemble et résoudre des problématiques concrètes.

Cette synergie on l’a retrouve au sein même de l’entreprise, entre employés. Le social business a cela de magique qu’il permet de fédérer des acteurs quel que soit leur profil autour d’une vision, un projet commun. Il est une véritable source de motivation. Pour preuve le projet Danone Grameen au Bangladesh avec le yaourt Shokti fortifié en micro-nutriments n’a cessé depuis son lancement de faire l’objet de constantes innovations (Shokti +) pour répondre aux besoins et goûts de la population locale. De même pour le projet Lemateki au Sénégal avec la conception des premiers « sticks Moss Tekki », yaourts à base de céréales locales au format original, qui ont dû répondre à de nombreuses contraintes comme : sortir de la chaîne du frais, le coût de production, sa praticité etc. Ce que l’on note c’est qu’à chaque fois les processus d’innovation et de lancement de produits sont très rapides. Une seule raison à ce résultat : la finalité ! C’est parce qu’il s’agit de produits destinés demain à améliorer la vie des enfants en situation de malnutrition que les équipes sont prêtes à redoubler d’efforts face à de réelles difficultés, débordent de créativité et d’énergie.

–  » Social business is about creativity « 

Vous l’aurez compris le social business est le fruit d’une créativité constante : nouveaux produits, nouveaux modes de travail, nouvelles alliances… L’innovation est au coeur des projets. Danone Communities pour plus d’impact sur la santé, a fait de l’innovation un élément incontournable avec un département R&D résolument très actif. Pour Lemateki, il s’agissait de produire un yaourt à base de céréales locales et enrichi en micronutriments, pour répondre aux besoins d’enfants qui souvent n’ont qu’un repas par jour. « les enfants se lèvent avec la faim et se couchent avec la faim » nous confie Ousmane Gueye, Manager adjoint du projet. Le tout à un prix accessible (7 cents).

La créativité c’est aussi réinventer les formes partenariats pour permettre de nouvelles innovations en matière de social business. Le dernier projet NutriGO en Chine répond à des enjeux nutritionnels en milieu rural dans un pays en croissance. Conçu par Madam Chen, le complément alimentaire pour bébés de plus de 6 mois, appelé YingYangBao, va être distribué de façon innovante grâce un modèle de social business : impact sur la santé et employabilité, notamment, sont les objectifs de ce projet. NutrtiGO va être accompagné par DC via un partenariat innovant. Il allie les forces des producteurs, distributeurs, détaillants, gouvernement… dans un seul objectif atteindre les 5A : « Availability, Accessibility, Affordability, Acceptability, Attractivity ».

–  » Le social business ce ne sont pas des chiffres, ce sont des vies que l’on change « 

Le social business est sans cesse confronté à de nouveaux challenges. Au delà de la question de la rentabilité que nous avons déjà évoqué, l’éducation, le changement des comportements est un défi de taille. En Inde, Manoj Kumar PDG de Naandi Foundation, nous explique qu’il est difficile de convaincre les populations de payer pour une eau potable. Au Sénégal avec Lemateki, l’expérimentation au sein de 17 écoles doit permettre de convaincre les enfants d’adopter le fameux yaourt en tube au goûter. En Chine, il s’agira de convaincre les mamans de l’intérêt du projet et les encourager à adopter de nouveaux modes de consommation pour leurs bébés. Vous l’aurez compris le social business change des vies, bousculent les habitudes de population et il faut pour cela les préparer.

Le projet Eco Alberto mené par Xochitl, permettant à la communauté indigène d’avoir accès à une potable à bas prix tout en créant des emplois, est une belle illustration de ce « changement de vie ».

Pour conclure cette soirée le professeur Yunus nous a fait le plaisir de monter sur scène avec comme a son habitude une simplicité, un enthousiasme et une sérénité qui ne cesse de m’impressionner. Pourtant les récents événements ne l’on pas épargné… Le père du microcredit a fait l’objet de violentes critiques et attaques au Banglasdesh. Même son éviction récente à son poste de directeur général de la Grameen Bank semble ne pas avoir entacher sa détermination. Comme le dit Franck Riboud : « Mohammad je l’adore, ce type est dans une merde noire… et il est joyeux ! « 

Le professeur l’admet, le social business n’est pas parfait c’est vrai, mais il reste convaincu des ses effets positifs. Il a évoqué notamment le cas d’Haïti où malgré toutes les aides et l’action des ONG, un an plus tard la reconstruction est toujours difficile. Mais surtout combien de temps cela tiendra? Pour se relever le prix Nobel en est convaincu, le pays a besoin de s’appuyer sur des modèles durables.

M. Yunus s’est montré résolument optimiste, les initiatives en matière d’entrepreneuriat social ne cesse de se multiplier, la sensibilisation gagne du terrain dans les universités, les entreprises suivent l’exemple de Danone : Véolia, Essilor, Basf… et bien d’autres. Au point que Paris devienne à ses yeux « la capitale du social business » ! D’ailleurs Franck Riboud, dans un soucis d’élargir la communauté autour du social business, a lui même évoqué le changement de nom « Danone Communities » dans un avenir proche. Peut être verrons-nous demain un « Social Business Communities » qui permettra à tous de se reconnaître dans ce modèle et participera à la croissance du mouvement.

Pour le professeur Yunus, le social business est un rêve, mais un rêve réalisable, car chacun a en soi la possibilité de changer les choses, à son échelle, d’apporter sa pierre pour faire bouger les lignes.

« Social business? Just do it yourself ! ».


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