« A la croisée de trajectoires pro et perso »

 Mercredi 7 avril, j’ai eu le plaisir de participer à la soirée « Génération Y : à la croisée de trajectoires pro et perso » organisée par les équipes de Danone Communities dans les locaux de la Croix-Rouge Française. 

L’objectif de cette soirée, partager nos expériences, nos interrogations pour en savoir un peu plus sur ces membres de la génération Y qui ont fait le choix audacieux à différents moments et à différents niveaux, de concilier le pro et le perso, de remettre du sens et de l’humain dans leurs actions. Parfois simplement par hasard au détour d’une rencontre, ou au contraire avec détermination faisant face à de réelles contraintes.

Une génération à la fois soucieuse de relever les défis du millénaire tout en se réalisant professionnellement, une génération qui nous amène vers une nouvelle perception du monde professionnel dit « traditionnel », en réinvente les métiers (entrepreneurs sociaux, managers responsables, banquiers solidaires…) bouleverse les codes et les idées reçues.

Parmi les intervenants :

– Benjamin Chaminade, rédacteur generationy20.com et gérant “Green perspectives ».

– Benjamin Cavalli, Chef de projet “entrepreunariat social” programme pauvreté et nutrition du jeune enfant (Croix Rouge Française – Danone – Martin Hirsch).

– Aurélie Duthoit, co-fondatrice de babyloan.org, 1er site français de microcrédit solidaire. Près de 6 000 membres, 600 000€ de prêts solidaires pour financer 1250 projets dans 8 pays en développement.

– Guillaume Desnoes, co-fondateur du site Aiderdonner.com (1M€ de dons collectés en un an pour des ONG sans pub) puis de la Course des Héros.

– Cécile Guillet, diplômée de la Chaire Social Business/Entreprise et Pauvreté. Actuellement en charge de l’ActionTank Entreprise et Pauvreté HEC qui accompagne de grandes entreprises dans la mise en oeuvre d’expérimentations concrètes dans le domaine de la réduction de la pauvreté.

– Pierre-Emmanuel Grange, créateur de l’entreprise sociale microDON : lancement de la première solution de payroll giving en France http://www.larrondisolidaire.org en partenariat avec le leader de l’externalisation de paie ADP.

Une soirée riche en perspective… et je n’ai pas été déçue!

D’abord la génération Y c’est quoi?!

Le terme en lui même désigne les personnes nées entre la fin des années 1978 et le milieu des années 1994 (soit près de 1 milliard de personnes).

Pourquoi Y?? Tout simplement en opposition avec le nom qui désigne la génération précédente : la génération X.

En discutant avec Benjamin Chaminade j’apprends que le concept ne date pas d’hier, chaque pays évoluant à son propre rythme autour de cette génération Y. Cette prise de conscience s’est faite il y a bien longtemps chez certains : depuis 1993 aux Etats-Unis, en Australie… D’autres ont intégré cette notion et en vivent pleinement les effets en ce moment même : c’est le cas en Asie. Chez nous, l’idée émerge et tend à prendre de l’ampleur, tandis que d’autres la découvrent tout juste : pays du maghreb…

Quelques éléments, histoire de vous tirer le portrait de cette génération Y côté Occident :

– Ils ont été exposés dès le plus jeune âge à des défis (divorce, seul à la maison,…) et ont été élevés en enfant roi. Ils ont donc été habitués à tout négocier et à tout avoir.

– Ils ont toujours connu, pour la majorité d’entre eux, l’internet, la télévision, une médiatisation omniprésente, en d’autres termes, l’accès à l’information facilement et rapidement. Mais aussi les consoles de jeux, les portables, les baladeurs… Ils étaient suffisamment jeunes lors de l’introduction massive de l’informatique grand-public et de l’électronique portable pour en avoir acquis une maîtrise intuitive qui dépasse généralement celle de leurs parents. Ils conçoivent ces nouvelles technologies comme « sociales ».

– Ils maîtrisent tous les modes de communication, communique de ce fait différemment des autres personnes (Blog, Facebook, Myspace, Twitter, SMS, MMS, email). Ils communiquent d’ailleurs principalement par écrit. Ils sont d’ailleurs peu compris par les papy-boomer.

– Ils n’ont pas connu le monde sans le sida.

– Ils sont nés avec les débuts de l’intérêt du grand-public pour l’écologie, mais aussi avec le chômage, la pénurie de pétrole etc.

– Ils s’attachent à allier le pro et le perso. Gagner sa vie dans le respect de l’autre et de la planète. Ce n’est d’ailleurs plus à leurs yeux un objectif mais un postulat de départ.

– Ils n’aspirent plus aux projets de leurs parents : une belle maison, une résidence secondaire et une mercedes…« Meaning is the new money ».


Vous l’aurez compris au fil de cette description, la notion de génération Y est bien plus complexe qu’elle n’y paraît, il ne s’agit pas là que d’une question d’âge (ce serait vraiment réducteur) mais d’une véritable culture. Aussi ne pensez pas une seconde que c’est un phénomène passager, que si tôt que la jeune génération se sera installée dans son F3 et commencera à faire des gosses, elle abandonnera ses convictions. Loin de là!

De même, pas besoin d’être né entre 1978 et 1994 pour être sensibles à ces aspirations, les membres de la génération X peuvent s’y reconnaitrent et ainsi co-créer ensemble de nouveaux projets🙂

D’ailleurs, je les invite vivement à nous rejoindre dans cette voix! Car je vous avoue que ma plus grande inquiétude dans cette histoire va vers la génération X. Car sans elle, les choses risque d’être beaucoup plus difficiles. D’une part parce qu’elle a une part d’expérience, de connaissances qui peuvent enrichir considérablement ces projets, mais surtout parce que c’est elle qui détient le pouvoir ! En entreprise, ce sont eux les responsables capables de dire oui ou non pour débloquer des fonds et faire vivre un projet, ce sont eux qui sont à la tête des ressources humaines et qui accepteront ou non de miser et faire confiance à la génération Y. (Et pour le vivre moi même au cours de mes entretiens, je vous le dis c’est pas gagné!) Déjà le système français n’est pas toujours très souple, contrairement au modèle anglo saxon plus enclin à miser sur des personnalités, mais cette fois est-il prêt à accueillir la vague génération Y?

Mais là n’est pas le seul obstacle, les intervenants racontent leurs expériences, et à travers ces témoignages, on peut sentir toute la difficulté à l’idée de franchir le pas, de gérer émotion et rationalité, d’allier objectif perso et respect de l’autre. Sans compter sur les structures bureaucrates et politiques qui parfois n’arrangent rien.

Tout ça pour dire que, oui, ce n’est pas si facile de faire partie de la génération Y! Assumer ses choix, bousculer les idées reçues, ne pas rentrer dans les shémas professionnels classiques, entreprendre quand tout est à faire. C’est exaltant, passionnant, mais pas simple.

Il faut d’abord tenir (et face à un marché qui n’est pas encore mature et un tel contexte socio économique, c’est d’autant plus difficile), mais aussi prendre conscience dès maintenant de sa valeur et de son pouvoir en tant que moyen de pression pour faire évoluer les choses. Le champ de la solidarité n’est pas réservé uniquement à des personnes ayant de l’expérience dans le secteur et une formation dans le social, chacun à son niveau (étudiant, entreprise, association, porteur de projet) est en capacité d’être force de changement.

Une dernière info révélatrice du potentiel de ce secteur : sachez que le secteur associatif a créé 2,3 fois plus d’emplois que le secteur privé ces dix dernières années.

Si vous voulez en savoir plus sur la génération Y, je vous invite à visiter le site de Benjamin Chaminade : http://www.generationy20.com/

Merci en tout cas aux organisateurs et aux participants pour cette soirée inspirante, qui m’a conforté dans mon envie d’engagement🙂