Elles sont belles, elles sont performantes, elles sont engagées dans des fondations ou auprès d’associations, oeuvrent pour le développement durable, arborent un magnifique rapport RSE et ne lésinent pas en matière de mécénat.
Qui n’aimerait pas intégrer une entreprise aussi attrayante aux yeux du public?

Et pourtant… il semblerait qu’une fois à l’intérieur la réalité soit tout autre.
Elles s’appellent France Télécom, Renault, Mars, Nestlé, Picard, EDF, Sephora… Elles ont la réputation d’avoir une communication interne déplorable ou excellent en matière de stress au travail. Pire, certaines font l’objet de cas de suicide en entreprise.

Après la vague de suicide chez France Télécom (un phénomène qui se poursuit, on en compte 5 déjà depuis le début de l’année), même le gouvernement s’en mêle en déclarant un plan d’urgence et en publiant (le temps d’une journée) la liste des entreprises moyennes ou mauvaises élèves en matière de prévention du stress au travail. (voir la liste ici)
Comment expliquer que des entreprises engagées et responsables, qui expliquent vouloir mettre l’humain au coeur de leurs préoccupations, n’appliquent pas leur propres préceptes au sein même de l’entreprise?

 

Les services de communication des entreprises en général tentent de minimiser leur responsabilité en qualifiant le suicide d’acte « d’ordre personnel ». « Certains considèrent qu’une communication sur ce sujet constituerait une sorte d’aveu de faiblesse »,commente Olivier Tirmarche, consultant chez Stimulus, cabinet spécialisé dans la gestion du stress

« Reconnaître un lien entre le surstress ou, pire, le suicide et le travail, c’est ouvrir la boîte de Pandore, lâche le directeur des ressources humaines d’un grand groupe. Cela implique une remise en cause de l’organisation et des conditions de travail dans l’entreprise. » ( source : Stratégies Magazine n°1495)

Pourtant les entreprises (quelque soit leur secteur d’activité) ont tout intérêt à s’emparer rapidement du sujet. D’abord pour des raisons économiques : absentéisme, baisse de productivité…, le coût du stress est évalué pour les entreprises françaises entre 800 millions et 1,6 milliard d’euros.
Mais aussi et surtout pour des questions d’image. D’autant que les salariés sont les premiers porte-paroles des entreprises!
Lorsque Renault nous dit en 2009 « Changeons de vie. Changeons d’automobile », on se doute que cette signature doit avoir une résonance toute particulière chez les salariés de l’entreprise! Idem avec Orange « Ensemble plus loin »… il est temps d’afficher une certaine cohérence entre les valeurs prônées et les méthodes de travail!

 

Autre cas, Coca-Cola avec ses pratiques scandaleuses en Colombie. Je vous renvoie à l’article sur le Festival International du Film des Droits de l’Homme et vous invite à visionner la BA du film, qui est une nouvelle bonne illustration de ce décalage.

Faire figure d’entreprise engagée par des actions ponctuelles de mécénat pour pallier à ce problème, n’est pas suffisant. L’entreprise ne doit pas confondre ce qui relève de sa RSE de ce qui relève du mécénat. La RSE rappelons-le est une obligation pour l’entreprise. Elle s’inscrit dans un cadre légal tandis que le mécénat est une manifestation libre, qui émane de la propre volonté de l’entreprise. Le mécénat reste un outil au service de la RSE, qui permet à l’entreprise de s’ouvrir, de s’enrichir, de s’inscrire dans la durée.
Ce décalage entre la communication affichée et la réalité en entreprise, risquerai de décrédibiliser tout autre discours et engagement sincère de la part de la société. On pourrait alors facilement taxer celle-ci d’opportuniste.

On attend donc avec impatience que les choses changent et visiblement c’est en cours: ce matin on annonce que France Télécom-Orange a signé deux accords de groupe avec les syndicats CFDT, CFTC, CGT et la CFE-CGC dans le cadre des négociations sur le stress.
De même pour la fameuse liste des entreprises classées en orange et en rouge par le ministère du Travail. Dans les heures qui ont suivi la publication du document, celles-ci ont annoncé auprès du gouvernement qu’elles comptaient prendre des mesures de lutte contre le stress. C’est pourquoi d’ailleurs, le ministère, en échange, a retiré les listes orange et rouge. La liste verte, elle, reste disponible afin d’encourager les bonnes pratiques.

Un appel à la grève a été lancé aux salariés d'Emmaüs pour le mardi 9 mars par l'intersyndicale Sud, CGT et FO, selon un communiqué de Sud Emmaüs diffusé vendredi.Je tiens également à souligner que ce « mal être » dans le travail ne concernent pas uniquement les entreprises classiques ! Dans la liste rouge publiée au début de l’article, figurent également bon nombre d’associations et de fondations.
Pour preuve l’annonce innatendue mardi du préavis de grève des salariés d’Emmaüs. Latifa Abed, déléguée CGT ne mâche pas ses mots pour dénoncer justement ce grand écart entre les valeurs d’entraide mises en avant par l’organisation d’aide aux démunis et des méthodes de management « dignes de la pire entreprise ».

C’est la nature même de l’organisation qui fait le paradoxe et la particularité de ce conflit social. Compte tenu de ce pour quoi l’association se bat, ce conflit apparaît presque absurde.

 

Alors entreprises, associations, ONG, sur la question du bien être au travail n’attendez pas, anticipez et communiquez.