Hier a eu lieu LA soirée de solidarité Danone Communities « Génération solidaire : réinventons, entreprenons! » en présence du Professeur Mohammad Yunus.

Petit rappel pour ceux qui l’ignorent, le Professeur Muhammad Yunus est un économiste et entrepreneur bangladais, Prix Nobel de la paix 2006, et surnommé le « banquier des pauvres ». Il est surtout célèbre pour avoir été l’un des pionniers dans la création du microcrédit, dont le modèle est aujourd’hui imité à travers le monde entier. C’est aussi le père du Social Business, qui privilégie la dimension sociale dans la sphère économique.

La soirée en partie organisée par la Chaire HEC Social Business, Entreprise et Pauvreté a eu lieu au Grand Rex en présence de : Mohammad YunusFranck Riboud PDG Danone, la jolie Christine Kelly membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, Martin Hirsch haut-comissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse, Frederic d’Alsace professeur HEC ; le tout présenté par Pascale Lafitte-Certa et Sylvère-Henry Cissé.

La soirée débute à 17h30, et lorsque j’arrive au point de rendez-vous une foule colossale est déjà sur les lieux: on compte près de 2500 participants. Tous amassés sur le boulevard Poissonnière, nous attisons la curiosité des passants : « vous allez voir quel film??? – Non, c’est pas pour un film, c’est pour Danone Communities » – Danone quoi? » Et oui c’est déjà une très belle performance pour Danone. Peu de marques peuvent se vanter de réunir autant de monde pour ce genre d’événement. Une communauté Danone Communities serait-elle en train de naître?
Je suis aussi d’ors et déjà assez surprise, la génération solidaire apparaît assez éclectique, beaucoup de jeunes évidemment mais pas que !

17h45- Nous entrons au Grand Rex, le staff très très nombreux est là, tout semble bien organisé. Petit hic : je suis supposée me diriger vers le pôle presse (en tant que blogueuse) mais malheureusement personne ne peut m’orienter ! Je me suis donc empressée de monter à l’étage, histoire d’essayer d’être la mieux placée possible parmi les quelques sièges encore disponibles (désolée donc pour la qualité de mes photos !).

18h- La soirée commence, arrivée des intervenants et standing ovation pour Mohammad Yunus. Petit plus de la soirée : la possibilité de poser des questions en direct par sms.

 

Au coeur des discussions : la nécessité aujourd’hui de placer de la cohérence en entreprise. Le sens apparaît comme un facteur de motivation supplémentaire chez les salariés, autrement dit un bel outil à exploiter en communication interne.
Durant la soirée des micro-trottoirs sont également diffusés et bien sûr il fallait s’y attendre, nous avons droit à quelques questions sans grand intérêt type : « Mr Franck Riboud, un enfant qui meurt toutes les 6 secondes dans le monde est-ce que ça vous révolte? » Oui alors là on imagine difficilement Mr Riboud affirmer le contraire !
On notera néanmoins, une réflexion intéressante sur le marketing à réinventer. Le marketing qui aujourd’hui est devenu presque un gros mot, très connoté négativement avec cette assimilation simpliste de : faire du marketing, c’est faire vendre, c’est faire du profit, le marketing est donc par définition en totale opposition avec la dimension sociale. On a pourtant tendance à oublier que le marketing, au même titre que la publicité est d’abord un instrument, un outil, qui peut également être à mon sens utilisé à bon escient. Tout dépend de l’émetteur du message.

Aussi, plus que de repenser le marketing, j’irai plus loin en suggérant de repenser l’enseignement du marketing. Lorsque l’on se destine au métier de « marketeur », les premières choses qu’on nous apprend en école de commerce c’est tout bonnement comment créer une entreprise, faire du profit (et non pas sa gestion)… Et les modèles à suivre pris en exemple sont généralement les entreprises « classiques » du cac 40 et plus rarement des entreprises responsables…

Mohammad Yunus propose lui, de créer des espaces qui permettent de répondre à des besoins humains immédiats. Il ne dénigre pas le profit, mais souhaite une ouverture pour pouvoir demain entreprendre autrement pour ceux qui le souhaitent.

 

 

Intervient la question qui tue : « Mr Riboud, le social c’est pas un moyen de vendre plus de yaourts? » Applaudissements et rires dans la salle. Mr Riboud nie en bloc et dit ne « pas chercher à maximiser les profits« . Si le PDG du groupe Danone a raison lorsqu’il dit à juste titre que « plus de yaourts, c’est plus d’emploi » (on est déjà dans le social), il n’empêche qu’il a fait pour moi une grave erreur de communication en choisissant de contester totalement cette insinuation. Particulièrement face à un public aussi avisé et révolté que des jeunes diplômés.
Le fait de nier, ne fait qu’accroître ce problème de confiance envers les entreprises, cette « diabolisation » dont parle Mr Riboud. Il faut être honnête : oui faire du social ça fait vendre ! On le sait aujourd’hui les consommateurs post-crise ont des attentes fortes envers les entreprises en matière de responsabilité. On sait même que ces derniers sont parfois prêts à payer plus cher pour des produits qui respectent l’environnement (cf mon article sur « Le consommateur post crise » et sur l’étude IFOP « Consommation responsable, consommation désirable »). Les entreprises en faisant du social créent de la valeur.

Le plus judicieux pour moi est d’assumer pleinement cette part du système en se disant qu’il vaut mieux produire, faire du profit, tout en donnant du sens à son activité plutôt que de simplement amasser de l’argent. Si faire du social ça fait vendre et que parce que je vends je peux donner vie à des projets sociaux, c’est parfait ! Ce sera toujours mieux qu’avant. C’est comme le dit très justement Mohammad Yunus, lorsqu’on lui demande si il n’a pas peur que Danone se serve de lui : « Mais c’est moi qui me sert de Danone ! Je leur dis : je vous en prie servez-vous de moi ».

Le social et l’économique ne doivent plus être opposés, mais être partenaires. Il y a des besoins et les entreprises ont des moyens. Si chacun y trouve son compte, que demander de plus !

 

 

Christine Kelly intervient et souligne le rôle des médias qui participent indirectement à cette diabolisation des entreprises. Incapables de montrer un autre profil de patron ou d’ouvrir le journal de 20h sur des initiatives positives. Car il faut de l’image, du sensationnel, et bien souvent on construit sans le vouloir un stéréotype du patron et de la réussite en entreprise.

L’idée majeure de cette conférence : faire que demain l’intérêt de l’entreprise soit aligné sur celui du client. Les consommateurs ont entre les mains de réels moyens de pression envers les entreprises, pour les amener à produire mieux. Il faut créer de nouvelles occasions de rencontres, une convergence, pas seulement économique et pas seulement sociétale.

Pour finir nous avons également eu la projection d’un très bon court métrage de Wim Wenders « person to person » réalisé pour le film documentaire The Millennium Devlopment Goals. Mais aussi des interventions d’acteurs du social comme Mozaik RH, Emmaus Defi ou Ethnicia, qui sont des applications concrètes de ce dont nous avons parlé pendant près de 3h.

Enfin, je rejoins totalement Mr Riboud lorsqu’il nous dit que « la charité n’est pas durable ». C’est vrai, elle est ponctuelle, nécessaire, mais le social business en revanche permet de l’inscrire dans des projets concrets et dans la continuité. Comme le dit Martin Hirsch : il ne s’agit pas simplement de « saupoudrer du mécénat » de temps en temps.

Mr Yunus, lui, souhaite poursuivre son combat sur la thématique de la santé. Après son association avec Danone pour les yaourts Shokti, Véolia pour l’eau, mais aussi Adidas pour des chaussures à moindre coût, le professeur s’est montré toujours aussi déterminé et très inspirant pour cette génération solidaire.

Je suis plutôt très satisfaite de cette conférence. Je craignais que l’on tombe un peu trop dans les bons sentiments, les déclarations larmoyantes sur fond de Heal the world… Mais pas du tout ! Le débat était bien organisé, vraiment intéressant et ce type de rencontre nourrit la réflexion. A refaire ! (Merci pour l’invit’ Danone Communities).